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Cher(e)s Ami(e)s,

 
L’arsenal de moyens thérapeutiques contre le cancer s’enrichit continuellement. Cet éditorial portera sur l’immunothérapie, traitement révolutionnant ces dernières années le paysage de soins et constituant actuellement l’une des voies les plus prometteuses de recherche sur le cancer.
 
L’immunothérapie ou lorsque notre propre système immunitaire devient notre plus précieux allié dans la lutte contre le cancer !

 

Nous connaissons tous les trois traitements classiques du cancer visant directement les cellules tumorales : chimiothérapie, radiothérapie et chirurgie.

À la différence de ces traitements conventionnels, l’immunothérapie ne cible pas la tumeur, mais doit permettre au système immunitaire de s’attaquer lui-même aux cellules cancéreuses.

L’idée d’utiliser le système immunitaire du patient comme traitement contre son propre cancer n’est pas neuve en soi, mais c’est au cours des dix dernières années, grâce aux avancées spectaculaires de la biologie cellulaire, biologie moléculaire et de la génétique, que l’immunothérapie a commencé à être considérée comme le quatrième pilier du traitement anticancéreux. À utiliser seule ou, de plus en plus souvent, en association avec d’autres traitements.

 

 

Comment fonctionne notre système immunitaire ?

Telle une « armée » protégeant son territoire contre « l’ennemi », notre système immunitaire (composé d’un ensemble de cellules, de tissus et d’organes) permet d’identifier, de maîtriser et détruire « les agresseurs », c’est-à-dire des agents pathogènes et infectieux.

L’immunité innée (non spécifique) constitue le premier rempart de l’organisme en cas d’infection ou de maladie : notre système immunitaire veille de manière naturelle pour repérer les cellules anormales, cancéreuses ou infectées et pouvoir agir sur le champ.

Mais, ce n’est pas tout : notre système immunitaire peut apprendre !

En effet, la seconde ligne de défense est l’immunité acquise (spécifique). Elle nécessite une « éducation » des lymphocytes B et T (globules blancs) pour qu’ils apprennent à reconnaître et à éliminer « l’ennemi ». Le profil de cet ennemi sera mémorisé et notre organisme pourra réagir très rapidement à la prochaine rencontre (c’est le principe de fonctionnement des vaccins).

Pourquoi notre système immunitaire ne détruit-il pas automatiquement les cellules cancéreuses ?

Il y a plusieurs raisons à cela : la réponse du système immunitaire peut être insuffisante, les cellules cancéreuses peuvent ressembler trop aux cellules saines ; et enfin, les cellules cancéreuses peuvent « contre-attaquer » en libérant des substances qui neutralisent le système immunitaire du patient.

L’immunothérapie cherche à trouver des parades  à ces obstacles, permettant de renforcer, créer ou rétablir une réponse immunitaire adaptée de l’organisme.

Les immunothérapies, comment ça marche ?

Dans un premier temps, les chercheurs ont élaboré des traitements visant à renforcer, « booster », l’immunité innée, naturelle de l’organisme. Par exemple, en utilisant des cytokines (interférons : prescrits dans le traitement de leucémies, lymphomes, certaines formes de cancer de la moelle osseuse, du rein ou de mélanome ; et interleukines : administrées dans le traitement de certains cancers du rein et certains mélanomes).

Actuellement, plutôt que de déclencher une activation généralisée du système immunitaire qui n’est pas sans risque, si elle dure trop longtemps ou si elle est trop intense, on développe des immunothérapies spécifiques. Les chercheurs se concentrent sur trois principales pistes de recherche : vaccin, lymphocytes T Car et inhibiteurs de points de contrôle.

 

 

Défis de l’immunothérapie et organisation des soins

L’immunothérapie, tout en ouvrant de nouvelles perspectives de guérison, notamment pour les patients atteints d’un cancer à un stade avancé, pose néanmoins quelques défis tant du point de vue scientifique, politique qu’organisationnel. En ce qui concerne la recherche, si les effets secondaires des immunothérapies sont rares, leur origine n’est pas encore très bien connue. On ne sait pas non plus pourquoi certains patients résistent à ce type de traitements.

D’autre part, l’arrivée massive des immunothérapies demande un réel bouleversement des pratiques et de l’organisation de soins afin de pouvoir garantir un accès équitable de tous les patients aux traitements adaptés à leurs cas, gérer efficacement le flux de patients en évitant les goulots d’étranglement, inconfortables pour tous, et repenser le suivi des patients en ville.

Vaste programme qui passera nécessairement par la sensibilisation de tous les acteurs (politiques et institutionnels) impliqués dans l’organisation et le financement des soins ainsi que dans la prise en charge de patients atteints de cancer.

 

Tout cela afin que les immunothérapies passent le plus rapidement possible du statut d’innovation à celui de progrès médical s’inscrivant solidement dans le paysage de soins anticancer !

Et pour que le mot « avenir » retrouve tout son sens pour tous les patients, quel que soit le stade d’avancement de leur cancer.

 

Amicalement

L’Équipe ARTIC

 

Un peu d’histoire ?
Le pionnier de l’immunothérapie Utiliser le système immunitaire du patient pour combattre sa maladie est en réalité une « vieille » approche thérapeutique. À la fin du XIXème siècle, un jeune chirurgien new-yorkais, William Coley, a étudié le dossier d’un homme dont le sarcome avait disparu après contraction d’une maladie infectieuse due aux streptocoques : l’érysipèle. Cette guérison inespérée a incité Dr Coley à rechercher des cas similaires pour élaborer ensuite un remède à base des bactéries mortes d’érysipèle : la « toxine de Coley ». Il l’injecta en premier à un jeune homme atteint d’une tumeur abdominale massive. En l’espace de quatre mois, la taille de la tumeur diminua de 80 % et, trois mois plus tard, le patient fut totalement guéri du cancer. Il décéda 26 ans plus tard… d’un infarctus.
Késako ?
Médecine de précision Jusqu’à il n’y a pas si longtemps, un même diagnostic impliquait la prescription d’un même médicament à tous les patients. Mais les individus sont très différents les uns des autres sur le plan biologique, ce qui entraîne l’existence de nombreux sous-types d’une même maladie. On sait aujourd’hui qu’il n’existe pas un cancer par organe, mais une multitude de sous-types de tumeurs. La médecine de précision (ou médecine personnalisée) consiste à choisir le traitement le mieux adapté en fonction du profil biologique du patient et en fonction des caractéristiques moléculaires de sa maladie. Des tests diagnostiques permettent de dresser le « portrait » moléculaire de la tumeur. Ainsi, en fonction des anomalies moléculaires de sa tumeur, on proposera au patient une thérapie qui cible cette anomalie pour bloquer la croissance de la tumeur et la détruire. En cancérologie, on distingue actuellement deux grands types de traitements personnalisés : les thérapies ciblées et l’immunothérapie spécifique.
Le Saviez-vous ?
Quand un lymphocyte « tueur » fait « un baiser de la mort » à une cellule tumorale… Les lymphocytes T cytotoxiques (T killer) sont de vrais tueurs, de vrais « serial killers » de cellules cancéreuses ! Lorsqu’un tel lymphocyte rencontre une cellule cancéreuse ou une autre cellule indésirable, il libère à son contact une substance chimique destructrice. L’intrus est ainsi mis hors-jeu.
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